Les dialectes employés dans cet ouvrage avaient déjà été individualisés dans le premier tome de mon premier ouvrage « Ène bauke su lès bwès d’ l’Ârdène » (1984). Voir « L’aplacemint du walon d’ Transine ».

Sur la carte, on voit se dessiner:
- L' aire dite « Payis d' ersè » (point Tr central sur la carte), que j'allais étudier plus intensément de 1995 à 1998 (dans mes cahiers Lu Rasgoutadje des basse-ârdinrèces, étude que je continue ponctuellement en remaniant la base de données associée au travail. C'est l'accent qui correspond au parler de Contrand et de Djihin.ne.
- L'aire famennoise (FAU sur la carte), nettement différente car déjà ratachée au Centre wallon. C'est le dialecte de Tîri.
- La zone de Bertrix-Bouillon (BÈ sur la carte), correspondant à la langue de Tchon.
- La zone de Saint-Hubert (BÈ sur la carte) est illustrée par la prononciation de Pére Biètrumè.
- La zone chestrolaise (TCH sur la carte), dont l'accent est consigné dans le langage du Ribaud Cornèt.
Traits communs
[candjî]Quatre de ces parlers n'utilisent pas la finale -ès des adjectifs féminins pluriels antéposés (carte ALW 2 p. 50).
- des ptites flauwes èt racontroûles (/ptit′‿floːw/).
- des bounes djins (/bunʤɛ̃/).
Seul Tîri d' l'Alou l'emploie occasionellement.
- C'èst todi à pô près lès min.mès tchîrîyes
- Là sacantès-anéyes
- nos gros tchaurs à cwatès roûwes
Les cinq parlers n'utilisent pas « nos / nous » mais « dji / dju / djë » pour le pronom sujet de la 1e personne du pluriel (Carte ALW 2 p. 76).
- Quand dj'ans arivé
- quand dj' ratindins à Constantinope
Le phonème normalisé par le diasystème å est toujours prononcé comme O long /oː/. Il est retranscrit « au » dans quatre dialectes, mais « ô » par convention avec le système Feller-Pierret, dans le parler du Ribaud Cornèt.
Le phonème normalisé par le diasystème ô est toujours prononcé comme O long nasalisé /õ/. Il est retranscrit « ô » dans quatre dialectes, mais « ö » par convention avec le système Feller-Pierret (qui l'apelle « O long entravé »), dans le parler du Ribaud Cornèt.
Traits différentiés
[candjî]Articles
[candjî]L'article indéfini masculin singulier (fr. « un ») est remarquablement différent dans les cinq parlers : « in » pour la zone de Transinne, « on » pour Saint-Hubert et la Famenne, « un » pour le bouillonnais et « î » pour le chestrolais (Carte ALW 1 p. 264).
De même, l' article indéfini féminin singulier (fr. « une ») est « ène » pour Transinne et le chestrolais, « one » pour Saint-Hubert et la Famenne et « ëne » pour Bouillon.
L'article défini (fr. « le, la ») n'est le même dans les deux genres qu'à Saint-Hubert « lu » et à Forrières « li » (Carte ALW 1 p. 180). A Transinne, Bouillon et en chestrolais, l'article féminin est « la », non élidable (Carte ALW 2 p. 24). Le masculin est « lu » à Transinne et Warmifontaine et « lë » à Bertrix-Bouillon.
Infinitifs
[candjî]Les verbes du 1er groupe de Hendschel (fr. -er) ainsi que leur participe passé sont prononcés « é /e/ » à Transinne, et à Bouillon, mais « è /ɛ/ » à Forrières, Sint-Hubert et Warmifontaine (Carte ALW 2 p. 210). La prononciation « é » est orthographiée comme en français (-er pour l'infinitif et -é pour le participe passé). La prononciation -è est est orthographiée « è » autant pour l'infinitif que pour le participe.
Les verbes du deuxième groupe de Hendschel (fr. -er, latin -y-are) sont assimilés au 1r groupe à Transinne (finale -er / -é), à Saint-Hubert et en chestrolais (finale -è). Ils sont en -i (court) à Forrières et en -î (long) à Bertrix-Bouillon (Carte ALW 2 p. 214).
Formes conjuguées
[candjî]La finale de l'indicatif présent 3e personne du pluriel est « -èt » à Transinne et à Forrières, mais « -ant » dans les trois autres zones. (Carte ALW 2 p. 282).
La finale de l'imparfait singulier (et du conditionnel singulier) est « -os / -ot » à Transinne et Bertrix-Bouillon, « -èt » à Saint-Hubert, « -éve » à Forrière et « -é » en chestrolais. Notons également la forme remarquable « ére » pour « était » à Bertrix (Carte ALW 2 p. 300).
- Ctrd. - I v’s-avot lê du bin ?
- P.B. - lu Djâle s'avèt d'jà mètu dins leû keûr.
- Tîri - To n’avéves qu’à t’alè k’fèssè, èt on n’è causéve pus.
- Cor. - T’ôrés fêt sëlmèt…; dju vörés quu l’ Djâle t’apice.
La finale de la troisième personne du pluriel de l'imparfait est -int dans quatre dialectes, mais -ièt en chestrolais (ALW 2 p. 308)
- P.B. - Il avint fèt l’ mârs’
- Cor. - les grosses-agôches qu’êrièt su l’ ravièr
Autres phonèmes et morphèmes
[candjî]La finale des substantifs correspondant au français -ier est -î dans quatre dialectes, mais -iè en chastolais (ALW 1 p. 192).
- Ctrd. - mustî
- Cor. - halkotiès
Le phonème normalisé par le diasystème « én » est « in » /ɛ̃/ dans quatre dialectes, mais « iè » en chestrolais (ALW 1 p. 78). Voir aussi imparfait 3e pluriel.
- Ctrd. - Nosse mére nous l’avot bin dit
- Cor. - An vêrè biè
Le phonème O/OU est réalisé « ou » dans trois dialectes, mais « o » en Famenne et à Saint-Hubert.
- Tch. - pou quéques djoûrs
- Cor. - pou z-apêtchè
- P.B. - po nos-ôtes.
- Tîri - po ’ne saqwè